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Elles ou moi, c'était la même...

Elle est crevée. Elle court, elle court. Depuis ce matin. Tous les matins !
De la semaine. Du mois. De l'année qui vient de passer, de celle qui vient à peine de commencer... à force, et à bout, elle agit  en mode automatique. C'est plus pratique. Il pleure sur le siège arrière, c'est épuisant, tellement stressant. Machinalement, elle se retourne, pour le calmer. C'est l'accident, 3 jeunes blessées.

Elle est en forme. La vie est belle. Son bonheur sur le visage, elle le partage avec ceux qui la croisent. Tout va bien. Aujourd'hui et demain. Son petit nid, elle le chérit, le bichonne, le façonne. Elle maîtrise tout. Organise tout. Elle gère... son tout petit, son p'tit rôti, bien ficelé dans son maxi-cosi, il est derrière, tranquille, pépère. Ben voilà qu'il chouine, qu'il bouine. Maman est là, ne t'en fait pas. Elle se retourne, pour le consoler. C'est l'accident, 3 jeunes blessées.

Elle fait sa tournée, c'est son métier. Sa voiture, c'est sa villégiature, son bureau en deux mots. Elle est comme chez elle dans sa C3 pluriel, et au volant, elle n'est pas toujours un modèle... Aujourd'hui, c'est la radio qui l'accompagne, et là c'est les infos... elle écoute d'une oreille distraite, Ségo, Nico, la maladie de Fidele Castro et 3 gamines renversées, grièvement blessées... elle pense aux fillettes, peut-être distraites, et aux parents, qui crèvent de déchirement... Première patiente, premiers soins, première discussion du matin. La vieille dame lui dit : "vous avez vu cette folle, qui a écrasé les trois filles?" Et elle s'entend lui répondre: "Cette folle, comme vous dites, ç'aurait pu être moi ! "

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